Humilité des commencements et majesté de l’accomplissement.
Nombre de Lectures 100015 min de lecture
Portrait d'une femme qui ne reçoit pas sa puissance, mais qui l'a forgée dans le fer et la sueur.
L’Éclat du Jom, c'est ainsi que commence cette chronique d’une souveraineté conquise.
Nombre de Lectures 10002
Fatimata Diallo Ba, écrivaine
Ce texte ne cherche pas à faire la synthèse de la rencontre à laquelle j’ai assisté. Il est en quête de la vérité de mes sensations tout au long du panel de ce matin.
L’apparat importe peu. C’est un panel de trois femmes qui parlent de développement durable, modéré par une 4ème femme, une intelligence en mouvement,
Marième. Assia Gueye, directrice générale du développement communautaire au ministère de la famille Lamba Ka, Sokhna Aida Diallo, guide spirituelle et entrepreneure.
Au centre, Sokhna Aïda Diallo. Au début, sa voix est un murmure timide, presque fragile, qui semble chercher sa place dans l’air saturé de bavardages. Puis, le miracle s’opère. Sous nos yeux, la voix s’affermit, elle prend du muscle, elle s’étire et finit par occuper tout l’espace. Ce n’est plus une femme qui parle, c’est une histoire qui s’impose. Elle ne remplit pas seulement la salle de sa voix, elle l’illumine d’une humanité si dense qu’elle en devient palpable.
Le Destin, dans sa forge complexe lui a dessiné les contours d’une vie dont elle ne se doutait pas.
Elle nous a raconté son chemin. Un parcours qui ne doit rien au hasard et tout au refus. Le refus de tendre la main, cette dignité farouche que l’on nomme le Jom. Elle vient de loin, Sokhna Aïda. Bien avant les soies et les hommages, il y avait la poussière des marchés. Elle a tout vendu, les tissus, les légumes, le poisson sur les étals de fortune. Chaque pièce de monnaie gagnée était une brique posée pour bâtir sa propre liberté.
Le Cheikh fut son école, son maître d’œuvre, mais c’est elle qui a porté les pierres. Sa rencontre avec lui n’a pas été une fin, mais le début d’une éducation totale. Elle a transformé l’épreuve en une science de l’existence et a déployé une économie de l’essence
Ce qu’elle déploie devant nous, ce n’est pas seulement une trajectoire spirituelle, c’est une véritable école d’économie. Un modèle de développement qui tient en une règle d’or, le refus de l’emprunt et l’accueil de l’effort libérateur. Dans un monde qui s’endette pour paraître, elle prône la souveraineté de l’être.
« Ne pas dépendre, ne pas demander, ne pas faiblir. »
C’est le Fula ak Fayda érigé en système politique. Elle n’est pas restée passive à attendre que le destin lui soit clément, elle a forcé le respect par une activité incessante, une éducation du caractère qui fait d’elle aujourd’hui ce modèle de résilience. À travers son récit, Sokhna Aïda n’a jamais prétendu être une sainte hissée sur un piédestal porté par les thiantacounes. Elle a rappelé à chacune que la véritable puissance ne réside pas dans ce que l’on possède, mais dans ce que l’on refuse de céder. Elle est sortie de l’ombre des étals pour entrer dans la lumière par la force d’une volonté qui a décidé, un jour, de ne plus jamais se courber.
Je suis fascinée par ce leadership féminin qui agit comme aimant, soulève des montagnes et plie, au sens propre, le patriarcat et ses thuriféraires sur l’autel du réalisme économique et social.
De ce cercle de femmes, une vérité est sortie, brute et souveraine : on ne décrète pas le progrès depuis les hauteurs d’ivoire. Le développement ne peut être une greffe étrangère sur un corps qui le rejette, il doit être le prolongement naturel du mode de vie, l’écho fidèle de ce que les populations sont, respirent et espèrent. C’est dans l’assentiment des cœurs que se loge la seule croissance qui ne flétrit pas.
Le constat est sans appel, vibrant de l’autorité de celles qui savent qu’accumuler des richesses qui ne nous ressemblent pas, c’est bâtir des châteaux de sable sur une terre qui réclame du roc. À quoi bon l’opulence si elle est muette, inadaptée, étrangère à nos besoins profonds ? L’aide véritable n’est pas un surplus que l’on déverse, c’est un levier que l’on place entre les mains de ceux qui travaillent.
Ce panel de haut vol a réuni quatre figures d’exception, offrant un équilibre parfait entre l’expertise technique, la profondeur spirituelle et l’engagement communautaire. Autour de Mme Assia Guèye et Madame Lamba Ka, dont les parcours forcent l’admiration par leur rigueur et leur impact, s’est jointe la présence spirituelle et sociale de Sokhna Aïda Diallo, apportant une dimension d’ancrage et de transmission essentielle. Cet échange a atteint une dimension supérieure grâce à la modération de très haute facture de Marième, dont l’intervention de qualité a su tisser des liens subtils entre ces différentes trajectoires.
Ensemble, ces quatre femmes ont offert un moment de réflexion d’une rare intensité, où la maîtrise intellectuelle a rencontré l’authenticité du terrain. La fluidité des échanges, portée par une modération magistrale, a permis de mettre en lumière des modèles de réussite féminine pluriels et inspirants. C’est une véritable démonstration de leadership collectif, où chaque voix a contribué à dessiner les contours d’une excellence sénégalaise résolument tournée vers l’avenir.
Cette conviction profonde en la grandeur des femmes sénégalaises trouve un écho vibrant à travers des figures comme Maram Balla Guèye, dont le parcours et la prestance sont une source de fierté et d’inspiration pour toute une génération. Sa présence au premier rang symbolise cette excellence qui ne transige ni sur les valeurs, ni sur l’ambition, rappelant que l’héritage culturel et la modernité peuvent s’unir avec une élégance rare.
Enfin, une mention toute particulière revient à Zoubida Fall, l’architecte de cette rencontre mémorable. Par son sens de l’organisation et sa capacité à fédérer des énergies aussi puissantes, elle a offert un écrin à la hauteur de ces talents. À elle, ainsi qu’à toutes les autres participantes qui œuvrent dans l’ombre ou la lumière, ce moment témoigne d’une sororité agissante exceptionnelle.
En savoir plus sur METROACTU
Subscribe to get the latest posts sent to your email.